Lucien Pénat au musée de Salers
Eloi-Lucien Pénat, né à Vallon-en-Sully le 1er décembre 1873, manifeste très jeune un goût prononcé pour la peinture. Il intègre l’école des Beaux-Arts de Bourges, dirigée par le peintre

Costard et le sculpteur Pêtre (1828-1907). Après 30 mois d’apprentissage, il obtient le grand prix du ministère de l’Instruction Publique. Puis, il entre à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, chez le graveur Jules Jacquet. Son talent commence à être reconnu et ses expositions se multiplient. Il reçoit une mention honorable au Salon des artistes Français en 1896, le 1er prix du concours Chenavard pour « La Femme à la coiffe », puis le 1er grand prix de Rome en gravure en 1902, récompense suprême. Il a en effet été artiste résident, quatre années durant, à la villa Medici de Rome (1902-1906).
Les galeries parisiennes lui ouvrent régulièrement leurs portes.
En province, il participe à des salons organisés par la Société Artistique du Cantal, au Salon des Artistes Bourbonnais à Vichy…
Enseignant à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de 1934 à 1944, il met son talent et ses connaissances au service des futurs artistes. En 1937, la charge de chef de l’atelier gravure en taille douce lui est confiée. Il est membre des commissions au jury de l’Ecole, et du jury de l’académie des Beaux-Arts.
Si Lucien Pénat doit son succès à la gravure (il réalise également nombre de memento, ex-libris, menus ...), il aime dessiner sur des cartons de teinte bise lui donnant la valeur moyenne des pierres ou des nuages. Il travaille au fusain (bâton de charbon de bois), à la craie et à la sanguine (craie rougie à l’oxyde de fer).
Il réalise aussi de nombreux pastels, sorte d’intermédiaire entre le dessin et la peinture puisque l’artiste, en utilisant des crayons, obtient un rendu de peinture à l’huile.
Certaines œuvres, dans lesquelles il mélange le crayon, le pastel et la gouache font preuve d’une grande originalité de réalisation et d’avant-gardisme.


Lucien Pénat a fréquenté et peint Salers comme il est visible avec cette porte de la maison La Farge et cette vue de la Place et de la maison dite (à tort) du Bailliage.
Deux autres Eau-Fortes sont récemment entrées au musée de Salers.
Nous allons vous expliquer leur lien avec Salers :

Cette "femme à la coiffe" était bien connue à Salers. En effet, elle était une des "menettes" de la ville.
Le nom de "menette" était donné, dans le Cantal, aux « filles dévotes de Sainte-Agnès » ; ce nom proviendrait de celui d’un abbé Menet, qui en avait organisé la confrérie, ou bien de la déformation de « moinettes ». Il s’agit de femmes célibataires, membres du tiers-ordre dominicain ou jésuite, vivant en petites communauté ou dans leurs familles au service des paroisses et des populations. En Velay, elles portaient le nom de « béates ».
Cette sagranière à la coiffe s'appelait Françoise Brousse. Nous n'en savons guère plus sur elle.

L'intérieur d'une maison peint par Lucien Pénat a été repris sur internet comme l' "intérieur d'une maison Bourbonnaise". Or, cet intérieur n'est pas Bourbonnais, mais cantalien, et plus précisément sagranier. Vous trouverez cet intérieur sur la place Tyssandier d'Escous dans la maison qui est actuellement occupée par une boutique de jouets en bois.
En vous positionnant à l'endroit où s'est posté le peintre, vous verrez la même cage d'escalier (à gauche sur la peinture) et à droite la même cheminée, partiellement cachée par un comptoir, mais bel et bien présente.
Cette maison est connue comme l'ancienne maison Brou de Laurière, et antérieurement maison de la famille Chevalier. Voir la flèche rouge sur la photo ci-dessous qui vous indique l'entrée de la maison en question.
C'est la Menette Françoise Brousse qui est représentée près de la cheminée. Elle vivait à cet endroit.
La femme à la coiffe et l'intérieur de la maison Chevalier, ont rejoint le musée de Salers en 2014 grâce au don d'une famille sagranière.
