Un vestige du couvent de Salers, visible depuis le parking situé derrière la salle des
fêtes.Il en existe d'autres....
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Société Historique du Pays de Salers
Un vestige du couvent de Salers, visible depuis le parking situé derrière la salle des
fêtes.
Sur la porte d'entrée de la maison de la famille Berger (ancien Cantou Fleuri) au bout de la rue des Nobles, à Salers, figure un linteau remarquable malgré la simplicité de sa graphie :
DE MARIE T. DESCORAILLE MLLE DE SALERS EN 1740
Qui était-elle ?
Dans les registres paroissiaux on relève une Marie Thérèse Diane D'ESCORAILLES fille d'Anne D'ESCORAILLES chevalier seigneur baron de
Salers, seigneur de St Paul, Chabrevière, Salins, Mazerolles, et autres lieux, ancien capitaine de cavalerie, chevalier de l'ordre royal et militaire de St Louis et St Lazare, et
Magdeleine de CORN de CAISSAC. Cependant celle-ci n'est née que le 17 mai 1749 (baptisée le 30 juin 1749), on ne pouvait donc pas lui rendre hommage 9 ans plus tôt.
La marraine de cette dernière fut sa tante et homonyme Marie Thérèse D'ESCORAILLES, la soeur d'Anne. Née le 3 mars 1706 à Mazerolles, elle fut novice en 1727 et
religieusement dotée. Elle ne devait donc raisonnablement pas habiter cette maison en 1740, mais son couvent.
Est-ce la même personne qui a été inhumée dans le choeur de l'église de Salers le 22 janvier 1766, dite Marie Thérèse D'ESCORAILLES demoiselle de Salers âgée de 71 ans (donc née en
1695). Si les erreurs dans les âges des défunts étaient fréquentes dans les registres, 11 ans d'écart, cela laisse planer le doute sur l'existence d'une autre Marie Thérèse D'ESCORAILLES, dont
nous ne savons rien !
Toute information complémentaire serait la bienvenue.
Le 17 pluvioze an X de la République (6 février 1802) nous a laissé un acte de cession de l'ancien couvent des Récollets du quartier de Barrouze à Salers, entre François
Riom -marchand- vendeur et Jean Dagiral (1738-1821) -cultivateur- et Paule Vergnes (1738-1803) sa femme, avec leur fille Luce Dagiral
(1774-1834) et son époux Antoine Bachelerie (1775-1833) , tous les 4 acheteurs.
Ils acquèrirent : "la partie du bâtiment du couvent des Récollets de cette ville, situé sur la place de Barrouze, ladite partie à prendre est à l'aspect du midi composée :
=>de la cuisine voûtée, cave au-dessous et grenier au-dessus;
=>de l'emplacement et ayral du salon dudit couvent;
=>de l'emplacement du buché et ayral
=>du corridor longeant lesdits ayraux du buché et salon jusqu'au m_(?) de division d'icelui et de ladite cuisine.
Confrontant le susdit local vendu : du levant avec le jardin desdits Récollets, du midi avec la place de Barrouze, du couchant avec ladite place et du nord avec le surplus dudit couvent, ladite
partie ayant la largeur de 8 mètres deux tiers."
Plus loin il est expliqué : "que les portes et fenêtres et lucarnes qui existent dans la cuisine, cave et grenier ci-dessus vendus et qui prennent le jour tant du côté du jardin qu'à l'aspect
du nord seront réduites chacunes à un petit jour d'un pied en carré et fermaliées de manière qu'il ne puisse y être jeté aucun immondice".
Source ADC : 3 E 288 441
Un acte pour la construction d'une nouvelle chapelle, nous donne des informations sur l'église et le couvent des Récollets de Salers, nous le partageons avec vous (écrit en ancien français
bien sûr) :
Le 15ème jour du mois de février 1685 à Salers, après midi étude du notaire royal soussigné, présents les témoins ci-après nommés : M. Jacques Spinouze,
marchand dudit Salers, Jean Vernies (Vergne) et Cirgues Col maîtres maçons de ladite ville, (...) lesdits Vernies et Col s'obligent à faire et
construire une chapelle dans l'église des Rds pères récollets de cette ville commençant au pignon de la chapelle des
Bonaventures et joignant ledit pignon et finissant à la muraille qui finit la clôture dudit couvent près du portail.
Et si lesdits deux pignons n'étaient pas de la force et épaisseur nécessaire pour porter la voûte, seront tenus lesdits Col et Vernies de les fortifier et de les faire de l'épaisseur
nécessaire. Et de faire ladite chapelle semblable à celle du sieur de La fauvelie dans l'église paroissiale de cette ville.
Et que le grand arceau [NDR : partie cintrée d'une voûte] se portera à toute hauteur qui se pourra comme aussi les quatre croisiers,
3 cordons et fenêtres seront de la même force, travail et façon que la susdite chapelle sans rien diminuer et d'une pierre de taille bonne et suffisante, et de la fermeté nécessaire, et la
voûte de bon tuf ou brique au choix dudit Spinouze. Et d'assister et faire presser au charpentier qui sera employé et payé par ledit
Spinouze, le ceindre pour appuyer ladite voûte, auvent, croisiers et cordons, et sera tant ledit tuf ou brique et pierre de taille tirée des lieux et endroits qui seront indiqués et marqués par
ledit sieur Spinouze. Seront aussi tenus lesdits maîtres maçons de paver ladite chapelle de bonne et ferme taille comme aussi le degré de l'autel ; ensemble l'autel à côté duquel sera faite une enfonçure dans la muraille pour mettre le
plat et buvettes, seront aussi tenus lesdits Vernies et Col de crépir, brosser, blanchir, les murailles, fenêtres, auvents, croisiers, cordons et encore goizer ? lesdits auvents,
croisiers, cordons et fenêtres et enfin tirer toute la pierre de taille, tuf ou brique et pierre froide pour l'entière construction de ladite chapelle et de plus pour faire un tuyau de
l'étendue et au dehors de ladite chapelle, pour recevoir les égouts qui tomberont du toit et couvert de ladite chapelle et leur donner cours dans les tuyaux des autres 2 chapelles en suivantes et
d'employer pour ladite bâtisse la pierre froide de la muraille de l'église desdits pères récollets qui sera démoli par eux autant qu'il sera nécessaire pour couverture de ladite chapelle comme
aussi la pierre de la fenêtre qui est dans ladite muraille et l'employer pour la fenêtre qui conviendra faire dans ladite chapelle et ce sans aucune aide ni aliment de la part dudit Sieur
Spinouze, lequel sera tenu de payer auxdits Vernies et Col la somme de neuf vingt dix livres (...) lesquels se sont obligés de travailler incessamment et sans intermission, à tirer ladite
pierre et à faire ladite bâtisse et construction.
(...) Sieur Spinouze sera tenu de faire apporter à pied d'œuvre tous matériaux : chaux, sable et pierre à ses frais (...)
***
L'article apporte beaucoup d'éléments sur la chapelle. Il faut aussi remarquer qu'un certain Jacques Spinouze bourgeois a été enterré le 11/02/1691 dans le couvent des Récollets. Est-ce le même ? Toutes les autres sépultures que nous avons relevé concernent des femmes.
Le 14 juillet 1624 les sagraniers apprennent que Jeanne de Lévy, comtesse de Caylus, dame de Pestel et pour moitié de Salers a offert 1000 livres et les matériaux nécessaires à la construction d'une église et d'un couvent des Récollets à Salers. Un complément de 3000 livres de dons fut nécessaire pour l'achèvement du projet.
L'accord de l'évêque de Clermont fut nécessaire avant d'ériger une croix le 4 octobre 1625 (qui n'est pas la croix actuelle de Barrouze). Quelques maisons de Barrouze furent achetées
et les Récollets en prirent possession le 8 décembre 1625.
Le couvent avait une quinzaine de cellules. Il était constitué d'une église avec sacristie et corps de logis à trois ailes formant un cloître carré. La vente de 1791 décrit :
« une église en forme de parallélogramme, trois chapelles sur le côté gauche, derrière le maître autel la sacristie sur laquelle se trouve une chambre servant autrefois de couvent pour
les moines. » Tandis que la maison conventuelle se présentait comme suit : vestibule, cloître, cuisine voutée, chambre, autre vestibule, chambres à l'étage, bibliothèque et
lieu d'aisance. Il y avait aussi un cimetière comme nous l'avons évoqué dans un précédent article.
Ce couvent a presque été intégralement détruit pendant la révolution. Des ruines, l'abbé Cheyrier, curé de Salers a fait retirer un linteau de porte ogival (voir
photo) représentant deux bras cloués sur une croix (armes de la pitié des Récollets) et l'a fait placer au-dessus de la porte méridionale de l'église St Mathieu.
Seul aurait subsisté à gauche de l'avenue de Barrouze, un bâtiment dont l'intérieur comporte une salle voûtée dernier vestige du couvent qui s'étendait depuis Barrouze jusqu'à la rue des Nobles.
Dans "la vie quotidienne dans le Cantal; 1939 - 1945" de Germain POUGET (Septembre 1994) on peut lire l'anecdote suivante :
"A Salers, le buste de Tyssandier d'Escous, érigé en 1913, posé simplement sur un socle de basalte, et pesant environ 150 Kg, est emporté dans la nuit du 21 au 22 septembre 1943.
Au pied du monument, les gendarmes trouvèrent une pancarte en carton avec l'inscription qui convenait :
"je reviendrai quand les boches seront partis."
Cette statue échappa ainsi à la fonte, en prenant le maquis. "
Renseignement pris l'histoire aurait été un peu romancée, la municipalité ayant simplement souhaité mettre à l'abri de toute réquisition les objets de la commune qui auraient pu attirer la
convoitise de l'occupant.
Merci à Françoise Picot pour nous avoir relevé ce passage
Pierre Lizet (1482-1554) premier Président au Parlement de Paris, par testament en date du 7 juillet 1554 fonda cinq bourses, pour entretenir à perpétuité au Collège de
Justice à Paris "cinq enfants originaires de Salers, indigents et bien disposés à l'étude."
143 ans plus tard, deux jeunes hommes "bien disposés à l'étude" mais certainement pas "indigents" [ ils ont été choisis parmi les meilleures familles de Salers !] bénéficièrent de la Bourse
Lizet.
Le 19 mars 1697 : "nous Jean Deler docteur en théologie, prêtre et curé de la ville de Salers, François Gigaud, Antoine Chanut, Jacques Demurat consuls de ladite ville de Salers,
en présence du procureur du roi de ladite ville et du consentement d'icelluy, assistés du secrétaire d'icelle duments informés de la vie, moeurs et religion catholique, apostolique et
romaine de François Chevalier fils puisné de M Jacques Chevalier, conseiller du roi, maire perpétuel de ladite ville, l'avons nommé et nommons par ces présents
pour remplir et occuper pendant les années accordées par la fondation, une des bourses fondées au collège de justice de la ville de Paris, sis rue de la Harpe par
Monsieur le Président Lizet originaire de la présente ville, en faveur des enfants d'icelle et du voisinage, laquelle place étant manquante depuis la nomination qui en a été ci-devant
faite en faveur d'Antoine de la Ronade dernier pourvu d'icelle. Avons icelle concédée pendant le susdit temps audit sieur Chevalier, fils et en conséquence prions et requérons le
principal dudit collège ou le proviseur d'icelui -et autres qu'il appartiendra- de mettre en possession de ladite bourse ledit sieur Chevalier pour jouir par icelui des droits et revenus
dépendants d'icelle durant ledit temps conformément à la fondation en foi de quoi nous avons signé...."
Source : Archives Départementales du Cantal : 5 E 1378 art.3
Les grands jours étaient des tribunaux exceptionnels qui jugaient en dernier ressort les affaires qui localement avaient donné lieu à des décisions contestables ou été soustraites à la justice. Présidés par un Commissaire du roi et composés de magistrats professionnels mais étrangers à la province, ils devaient ramener l'ordre et la paix civile.
Ils eurent lieu à Clermont du 28 septembre 1665 au 30 janvier pour réprimer les abus commis par une partie de la noblesse de la province, pour « tirer les peuples de l'oppression
des puissants » selon les mots du procureur général Denis Talon. Il y eut près de 12 000 plaintes.
Sur plus de 1360 affaires, il y eut 692 condamnations prononcées, dont 87 concernaient des nobles, et 347 exécutions capitales, dont beaucoup en effigie.
Un livre relate ces jugements : Esprit Fléchier "Mémoires sur les Grands jours d'Auvergne tenus à Clermont en 1665", Paris, Mercure de France.
Le Marquis de SALERS fut condamné à mort pour assassinat.
"Après le jugement de M. de Lévy, on examina l'affaire de M. le marquis de Salers, qui étoit une des plus noires qu'on ait vues pendant les Grands-Jours. C'est un homme de qualité, d'esprit, quelques-uns disent même de probité, lorsqu'il agit par son inclination et par ses conseils, et-non pas par ceux de sa femme. Il avoit un ennemi dont, il pouvoit se plaindre avec justice, s'il n'eût mieux aimé. se venger par violence. Sa passion, enflammée par des sollicitations puissantes sur son esprit, et peut-être par son esprit même, le poussa d'assembler quelques-uns de ses amis et quelques personnes d'expédition, et à faire voir qu'il ne souffroit pas une injure: Il attaqua celui qu'il cherchent qui s'étoit réfugié dans sa maison où il étoit retiré, et trouvant trop de résistance et trop de difficulté à forcer les portes, il fit monter ses gens au plus haut de la maison, fit découvrir le toit, et entrer dans la chambre où, ayant trouvé ce misérable, il l'avertit qu'il falloit se disposer à mourir. Quelques-uns disent qu'il fit appeler un prêtre et qu'il lui donna le temps de se confesser les autres assurent qu'il n'eut pas la patience d'attendre. Quoi qu'il en soit, ils le percèrent de cent coups, lui crevèrent les yeux et se retirèrent avec un peu de satisfaction de s'être vengés, et avec beaucoup de remords d'avoir fait un crime. Au premier bruit des Grands Jours, ce gentilhomme se retira comme tous les autres coupables, et il a été.condamné sur la fin, par contumace, à avoir, le col coupé, à une forte amende et au rasement de sa maison."
Cette affaire fut jugée le 21 janvier 1666.
La victime se nommait Antoine de Serviens, d'après Dongois.
Et le château de Salers fut rasé...
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