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La Societé Historique du Pays de Salers (SHPS)

Poulet le trappeur (2)

24 Octobre 2010, 23:00pm

Publié par Société Historique du Pays de Salers

-suite-

 

L'après-midi du dimanche, Poulet se réjouissait d'aller faire sa partie de quilles à Barrouze; sur l'esplanade il y avait jusqu'à 4 ou 5 équipes de joueurs, en bras de chemise, qui rivalisaient de force et d'adresse. C'était un maître de la boule, et il n'avait pas son pareil pour "faire sauter le neuf" et "battre et rebattre"  les quilles. On buvait une bière ou un litre de vin au café BRUHAT, et chacun rentrait chez soi, après une paisible journée de détente.

 

Mais c'est à l'entrée de l'hiver que Poulet recouvrait son indépendance. Aux premiers froids, quand la bise commençait à souffler, et lorsque les montagnes se couvraient de leur blanc manteau, il devenait un homme tout différent.

 

Pendant que la Poulette se blotissait au coin du feu, Toinilhou goûtait les joies de la vie errante du trappeur dans les bois et rochers, par monts et par vaux. Il avait un instinct de chasseur et une technique très approfondie; les moeurs des renards, blaireaux et autre sauvagine, n'avaient pas de secret pour lui.

 

Il chassait sans fusil et sans piège, employant le poison, la strychnine, sous forme de minuscules ampoules, dissimulées dans des morceaux de viande de chat dont les renards sont très friands. (...)

 

Accompagné d'un fidèle fox-terrier, coiffé d'une casquette, la tête enveloppée d'un passe montagne, la musette sur l'épaule, un gourdin à la main et la cigarette au bec, Poulet partait de bonne heure pour aller semer ses amorces dans les bois de la Pierre et de Chat-Blanc. Les jours suivants, surtout lorsqu'il commençait à neiger, ilpartait en quête de ses victimes. (...)

 

En dehors de la vente des peaux, il recevait pour la destruction des renards, des encouragements des chasseurs sagraniers : Joseph RASTOIL, FOULHOUX notaire, le fils Régnac, Gabriel SERRE, BACHELLERIE, et deux bons vivants "espagnols" : SEVESTRE le "donnant l'église" et Jospeh FABRE originaire de Récusset.

 

Il connaissait admirablement  le pays. Un soir d'élection vers 1890, BERG, gendarme de la brigade de Salers, qui était allé chercher le résultat du scrutin à Fontanges, fut porté manquant. Après 3 jours de recherches, ce fut Poulet, l'ancien légionnaire, qui découvrit le corps inanimé de son camarade, au fond d'une profonde crevasse de Singoux.

 

C'est à peu près à la même époque que LACHES, cantonnier, rentrant par la Peyrade en compagnie de deux gendarmes, fit une chute mortelle dans un petit jardin au-dessus de l'hospice. Ses deux compagnons de route qui marchaient à quelques pas derrière lui, ayant tout à coup vu disparaitre sa silhouette, dans la nuit noire, s'arrêtèrent juste au bord de l'abîme.

 

La brave Toinou de la Poulette mourut octogénaire, après une longue et douloureuse maladie. Toinilhou l'avait précédée de plusieurs années dans la tombe. Leur maisonnette appartient aujourd'hui [1948] à Louis CHANCEL, petit-fils de la Jeannotte, établi cafetier à Mauriac, un ancien "diable-bleu" de la guerre de 1914-1918, qui se couvrit de gloire dans les bois et la vallée de  Metzeral, dans les Vosges.

 

Signé : De La Martille

 

Source : Echo de Notre Dame de Lorette (Salers). N°2 de la 16ème année. Février 1948.

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