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La Societé Historique du Pays de Salers (SHPS)

Les prêtres refractaires du Pays de Salers (Paroisse d'Ally)

10 Mai 2013, 22:08pm

Publié par Cédric Tartaud-Gineste

 

 

Tout le monde le sait, les paroisses de l'Ancien régime n'ont pas été épargnées par la fureur révolutionnaire, pas moins dans le Cantal qu'ailleurs.

 

La récente visite du village charentais de Brouage (17) nous a offert une stèle commémorative assez édifiante car elle offrait une quarantaine de noms de prêtres, en grande majorité provenant des diocèses d'Auvergne et du Limousin. 

 

2013-05-09-et-10-041bis.jpg

 

Certaines des paroisses citées nous sont connues (Mauriac, Ally, ...). Forcément, la SHPS ne peut rester insensible à ce genre d'information. Une rapide relecture de l'ouvrage du "Bon Père" SERRES, dédié à Catinon Menette en 1864 nous offre quelques indices.

 

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Mais reprenons dans l'ordre. Le père SERRES nous apprend que les prêtres refractaires s'étaient cachés comme ils pouvaient dans les fermes, les montagnes, les greniers .... Ce fut le cas notamment de François FIALEIX, prêtre-filleul d'Ally avec un autre prêtre de la même paroisse, Antoine ROCHE.

 

D'après notre compatriote, le père FIALEIX aurait consommé son martyr à Rochefort en Charente-Inférieure, à bord d'un des bateaux négriers, servant pour l'occasion de geôle aux prêtres refractaires.

 

L'histoire pourrait s'arrêter là et totalement correspondre à la réalité des centaines de martyrs de cette période sombre qui est pourtant notre mémoire commune mais une autre source vient apporter un éclairage intéressant.

 

Brouage est une cité fortifiée voulue par RICHELIEU, mais abandonnée au fur et à mesure que les eaux se retirèrent, laissant des marais infestés de moutisques.

 

A la Révolution, Brouage était une garnison tenue par des Invalides et servit, comme beaucoup de places fortes, à placer les suspects de la République. Si nous ne pouvons pas parler de camp de concentration pour éviter une anachronie, l'univers concentrationnaire était bien une réalité pour les prisonniers.


Les historiens locaux ont consulté les registres et autres archives oubliées du temps pour remettre l'histoire à l'endroit. Emile DUCHARLET a ainsi écrit une passionnante monographie en 2008 sur "Brouage au temps des prisons".

 

Qu'il nous soit permis ici de citer un court passage de son ouvrage, relatant la réalité vécue par les religieux à cette époque: " Le 26 avril [1795], ce sont 245 détenus, débarqués de ces navires, qui sont conduits à Brouage, 203 par la route et 42, incapables de marcher, par bateau. (...) Entassés dans l'ancien palais du gouverneur (...) les détenus n'y disposent d'aucun couchage (...) Pour la nourriture(...)à ce sujet, voici le point de vue de l'abbé Azémar qui nous a laissé le récit de sa captivité: "Nous fûmes nourris comme sur le vaisseau, excepté qu'au lieu de six quarts de pain, nous n'avions qu'une livre et qu'il nous fallait aller chercher, ..."

 

2013-05 brouage prêtres-copie-1L'ouvrage, d'une centaine de page, recense les prêtres décédés pendant cette captivité (entre 36 et 40), tous décédés à Brouage. Le 26 février 1796, c'est François FIALEIX "57 ans, natif d'Ally (Cantal) où il était prêtre communaliste".

 

 Après une consultation des registres d'Ally sur le site très complet des "Garcelon", il ne nous a pas été possible de retrouver trace d'une naissance ou d'un baptême d'un François FIALEIX vers 1739 mais il est possible que quelques registres se soient perdus avec le temps. Quoi qu'il en soit, il est désormais établi que le père FIALEIX n'est pas enterré dans une fosse commune rochefortaise mais bien dans l'enceinte de la désormais très touristique cité de Brouage, une stèle indique d'ailleurs l'endroit où repose la dernière demeure de ces prêtres martyrisés.

 


 


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