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La Societé Historique du Pays de Salers (SHPS)

Les Hospitaliers VI

1 Mai 2012, 11:15am

Publié par Stéphane VEYRET

Repli sur Malte :

 

L'Ordre des Hospitaliersentame une errance d’un peu plus de sept ans, s'installant successivement à Civitavecchia, puis, le pape Clément VII les héberge à Viterbe en 1528. Peu de temps après, ils décident de s’installer à Nice, dans les États de Savoie. Finalement l'empereur Charles Quint, conscient de l’importance de cet Ordre en Méditerranée face aux avancées ottomanes (Alger est conquise par Khayr Al-Dîn Barberousse en 1529), et souhaitant protéger ses possessions des incursions barbaresques, confie le 24 mars 1530, à l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, la possession de l'archipel de Malte, dépendance du royaume de Sicile. C’est ainsi que le grand maître Fra' Philippe de Villiers de l'Isle-Adam prend possession de l'île de Malte le 26 octobre 1530. La donation était faite à titre de fief indépendant « sous la réserve que la nomination de l'évêque de Malte serait faite par l'Empereur, sur la présentation de trois candidats par le Magistère de l'Ordre. »

L’Ordre adopte une politique de neutralité face aux conflits et ambitions des monarques européens, et en 1565, les Chevaliers, conduits par le grand maître Fra' Jean Parisot de la Vallette défendent l'île assiégée par les Turcs. La flotte navale de l’Ordre, considérée comme l’une des plus puissantes de Méditerranée, porte un coup fatal à la puissance ottomane lors de la bataille de Lépanto en 1571.

En 1798, Napoléon Bonaparte annexe l’île, obligeant les chevaliers à l’exode, qui ne pouvaient s’engager dans une lutte contre des chrétiens. Bien que le traité d'Amiens (1802) reconnaissait ses droits souverains, l'Ordre ne pu jamais rentrer à Malte. Il se déplace alors à Messine, Catane, demeurant ainsi en Sicile jusqu’en 1834. Devant cet « État sans territoire », le pape Léon XI lui accorde en 1826 un couvent et une église à Ferrare en Italie. Finalement, l’Ordre s’établit définitivement à Rome en 1834, avec la bénédiction papale, où il possède le Palais Magistral, situé via Condotti 68, ainsi que la Villa Magistrale édifiée sur le mont Aventin.

 

Dès sa capitulation devant les armées de la Révolution, l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem perdura sous la tutelle de Paul Ier de Russie, nommé protecteur puis grand maître de facto. Orthodoxe, il ne sera pas reconnu par le pape Pie VI. Le lieutenant du Tsar est alors le comte Nicolas Soltykoff (1801-1803). Le pape Pie VII attribut le titre de grand maître à Giovanni Battista Tommasi(1803-1805). Ensuite, seuls des lieutenants du Grand Magistère se succèdent jusqu’à ce que le pape Léon XIII (1879) rétablisse le titre de grand maître.

En 1864, une nouvelle administration se met en place avec la création des Prieurés (associations nationales), se substituant ainsi aux anciennes « langues ». Mais en 1951, le cardinal Nicolas Canali, grand maître de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre, tente en vain de se faire élire également grand maître de l’Ordre de Malte. Il en résulte une crise qui s’étend pendant près de dix ans, sans réélection d’un grand maitre à la tête de L’Ordre. En 1953, l’Ordre obtient toutefois la reconnaissance de sa souveraineté par le tribunal cardinalice. Une charte constitutionnelle est votée en 1961, et approuvée par Jean XXIII. Cet acte précise que l'Ordre de Malte prend la suite des Hospitaliers, et entérine ainsi la création de l’Ordre Souverain de Malte. Il entretient des relations diplomatiques avec 104 Etats, qui reconnaissent au grand maître les immunités et les honneurs dus aux chefs d’Etats. Trois grands maitres se sont succédés depuis 1962 :

Cet Ordre aura prit en conséquence de nombreux noms, selon ses implantations. De nos jours, il est officiellement nommé : « Ordre Souverain Militaire Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte. » Ils prennent aussi différentes appellations, comme chevaliers hospitaliers, en vertu de leur mission d’assistance médicale; mais aussi chevaliers de Saint-Jean, en référence au saint patron de l’Ordre. Il existe quatre autres Ordres de Saint-Jean non catholiques reconnus comme Ordres de chevalerie, partageant la même tradition historique et la même mission que l'Ordre Souverain de Malte, c'est-à-dire l’assistance aux malades et aux pauvres. Leur action s'exerce surtout dans le domaine de la charité, et ils disposent d'hôpitaux, de centres de premiers secours et d'équipements destinés aux soins des blessés et des réfugiés ainsi que d’une flotte d’avions sanitaires.

Les ramifications de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem va connaitre de multiples adaptations selon la volonté des princes et politiques des différents pays d’Europe. En Angleterre, il cessa d’exister sous le règne d’Henri VIII, puis après une tentative avortée de restauration en 1830, le « Vénérable Ordre » fut créé, et devint en 1870 une fondation humanitaire à part entière. En 1888, l'Ordre fut reconnu par la reine Victoria, comme un Ordre de la Couronne. Il est aujourd'hui connu pour son corps ambulancier actif dans de nombreux pays, pour son service d'ophtalmologie à Jérusalem et ses unités de premiers secours et services infirmiers. Il est représenté aujourd’hui par de nombreuses associations dans près de 40 pays dans le monde, pour la plupart anglophone. De tous les Ordres de Saint-Jean, c'est le seul à ne pas appliquer de restrictions dans sa politique d'admission.

En 1998, après deux siècles d’exile, l’Ordre de Malte est réintroduit sur l’île, où la République de Malte a mis à sa disposition le fort Saint-Ange à la Valette pour tenir ambassade.

 

 

Sources documentaires :

 

-            Eric Brockman, The two sieges of Rhodes, 1480-1522, Londres 1969.

-          Nicolas Vatin, L'Ordre de Saint-Jean-de Jérusalem, l'Empire ottoman et la Méditerranée, Éditions Peeters, p.355.

-          Revue le Médiéviste, Philippe Conrad, professeur d’Histoire - Benoît Beaucage, historien médiéviste.

-          Sources : Ordre Souverain Militaire Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte.

-          Albert l'Aleman, lieutenant du grand-maître. 22 juill. 1310 [Chronique d'Amadi, 367).

-          Joseph Delaville Le Roulx. Les Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre (1100-1310). Paris, E. Leroux.

-          Sources : Histoire des Chevaliers de Rhodes, depuis la création de l'Ordre à Jérusalem, jusqu'à la capitulation à Rhodes. Par Eugène Flandrin. Editeurs Alfred Mame et fils, Tours. 1873.

-          Chroniques de Guillaume de Tyr.

-          Vogué, Eglises de là Terre Sainte, 252. Cf. un acte de juin 1174 (Cartulaire, I, n° 464).

-          Manuscrit et gravures de Guillaume Caoursin (XVe siècle), BnF manuscrit latin 6067.

-          René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - III. 1188-1291 L'anarchie franque, Paris, Perrin, 1936 (réimpr. 2006).

-          Amin Maalouf, Les croisades vues par les arabes, J’ai lu, 1983.

-          Georges Bordonove, Les croisades et le royaume de Jérusalem, Paris, Pygmalion, 1992 (réimpr. 2002).

-          Bertrand Galimard Flavigny (2006) Histoire de l'ordre de Malte, Perrin, Paris.

-          Assassinat programmé des Templiers, essai de Jacques Rolland, ed. La Table d’Emeraude, 2006.

-          Edmond Giscard d'Estaing, "Jean de Lastic, grand maître des Hospitaliers (1437-1454)", Annales (XII, IV), octobre-décembre 1964.

-          Gilles Rossignol, Pierre d'Aubusson, le "bouclier de la chrétienté". Les Hospitaliers à Rhodes, La Manufacture, Besançon, 1991, 319 p.

-          Dominique Bouhours, Histoire de Pierre d'Aubusson (Mabre-Cramoisy, Paris, 1677).

-          G. Rossignol, Pierre d'Aubusson, le bouclier de la chrétienté, Lyon, La Manufacture, 1991, p. 29-38.

-          Léopold Niepce, Le Grand-Prieuré d'Auvergne - Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, 1883, Lyon, Genève, Bâle, Librairie Générale Henri Geors.

-          Hippolyte Bouffet, Les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean en Haute-Auvergne.

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