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La Societé Historique du Pays de Salers (SHPS)

Les Hospitaliers III

9 Avril 2012, 11:07am

Publié par Stéphane VEYRET

Chute de Saint-Jean-d’Acre et replis en Méditerranée :

 

 

Dès les années 1260, le sultan d’Egypte Baïbars se lance dans une campagne de reconquête de la Palestine, suivi par les offensives de Qala’ûn et son fils Al-Ashraf Khalîl, qui vient assiéger Saint-Jean-d’Acre au printemps 1291. La ville tombe le 18 mai après de violents combats où Templiers et Hospitaliers, s’illustrèrent dans une défense héroïque face aux vagues sans cesse renouvelées des assaillants. Le grand maître du Temple Guillaume de Beaujeu meurt durant cette bataille, qu’il va incarner jusqu’au bout, ainsi que tant de courages illustrés par des hommes comme le maréchal de l’Ordre des Hospitaliers, Matthieu de Clermont, dont l'héroïsme avait soulevé l'admiration de tous[1]. Seuls sept hospitaliers et dix templiers survivent à la fin de ces tragiques évènements, dès lors une page se tourne pour les ordres militaires. Contraints d’abandonner Saint-Jean-d’Acre, les Hospitaliers trouvent refuge à Chypre où Henri II de Lusignan leur concède la ville de Limassol.

La situation insulaire de Chypre va faire de l’Ordre une puissance navale, avec à la tête un service de santé exemplaire et en avance sur son temps. Bien que possédant des navires depuis le XIIe siècle, la dignité de Grand Amiral est créée en 1300. Puis, le pape Clément V reconnait à l’Ordre (en 1306) le droit d’armer des navires sans l’autorisation d’Henri II de Lusignan. Il est à noter que cette même année, le pape convoque Foulques de Villaret et Jacques de Molay, grand maître du Temple, pour envisager une fusion des deux Ordres[2]. Les deux grands maîtres ne font qu'effleurer la question, mais se mettent d’accord pour envisager une nouvelle croisade. La richesse et la liberté d’action des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, entrainent toutefois des complications avec le souverain de l’île. C’est alors que le grand maître Guillaume de Villaret mesure l’intérêt stratégique de l’île de Rhodes. Tandis que les Templiers complotent[3] à Chypre et se débattent avec le roi de France Philippe le Bel, les Hospitaliers entreprennent la conquête de Rhodes.

Cette île située près des côtes d’Asie Mineure, à proximité de ce qui deviendra l’empire ottoman, est aussi proche de grandes routes maritimes et réputée pour ses terres agricoles, qui faisait d’elle une principauté riche et puissante durant l’antiquité. Au début du XIVe siècle, l’île fut abandonnée par Byzance aux pirates turcs et arabes, justifiant ainsi la reconquête par les chevaliers. Le grand maître Foulques de Villaret[4](1305-1319) se trouve auprès du pape pour envisager une nouvelle croisade, lorsqu’une trentaine de chevaliers, à la tête d’un corps expéditionnaire transporté par six navires, aidés par des bateaux gênois, débarquent dans l’île le 11 novembre 1307. Ils s’emparent du château de Philermos avant d’obtenir la capitulation du château de Rhodes le 15 août 1310. En moins de trois ans, l’Ordre contrôle les forts de Cos et Kastelórizo, ainsi que les îles de Limonia, Alimnia, Chalki, Symi, Tilos, Nissiros, Kalymnos, Leros et le port de Smyrne. Ils fortifient ces îles du Dodécanèse et font édifier une enceinte formidable autour de Rhodes, ainsi que de nombreux bâtiments, dont le palais du grand maître (1319). Rhodes devient ainsi un Etat territorial frappant monnaie et menant des relations diplomatiques avec les royaumes voisins.



[1] La seule source narrative occidentale parvenue à ce jour sur la chute de Saint-Jean d’Acre est due à la plume de Fra Riccoldo de Monte Croce, dominicain qui arriva à Acre en 1288 - Epistolae ad Ecclesiam Triumphantem - manuscrit de la bibliothèque vaticane (n°7313).

[2] Le concile de Lyon en 1274 en avait déjà évoqué la possibilité.

[3] Les Templiers soutiennent Henri de Lusignan contre ses frères Guy et Amaury. Ce dernier, seigneur de Tyr, sera exilé en Arménie.

[4] Neveu et successeur de Guillaume de Villaret.

 

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