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La Societé Historique du Pays de Salers (SHPS)

Les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem

19 Mars 2012, 09:28am

Publié par Stéphane VEYRET, guide à Salers

Salers---Maison-des-Templiers-20.JPGVoici une nouvelle rubrique de la Société Historique du Pays de Salers que nous ouvrons spécialement eu égard aux efforts conséquents que le nouveau guide du Musée de Salers entreprend pour faire la lumière sur les origines de cette maison... qui semble n'avoir finalement rien de templier malgré les certitudes locales.

 

Aussi, l'attention se porte particulièrement vers un propriétaire antérieur de la maison, Israël de MOSSIER, qui aurait été membre de l'Ordre de Malte.

 

En attendant d'avoir de plus croustillantes informations sur ce chapitre de l'histoire de Salers, le guide du Musée, Stéphane, vous propose ici de découvrir l'importance de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem (Ordo Hospitalis sancti Johannis Ierosolimitani)  au cours des siècles, ce sont des élèments contextuels importants.

 

 

 

 

 

Une fondation par la République maritime d’Amalfi

 


Au milieu du XIe siècle, des marchands italiens de l'ancienne République maritime d'Amalfi, obtiennent du Calife Fatimide d'Egypte Al-Mostansir, la concession d'un terrain sur l'Esplanade du Temple. Ils font  édifier l’église Sainte-Marie des Latins (pour la différencier de celle des Grecs), deux monastères, une auberge et un hospice (vers 1080), confiés à des bénédictins sous la direction de Gérard Tenques (de Martigues). Cette communauté accueille les pèlerins chrétiens, ainsi que malades et indigents, sans distinction de race ni de religion. L'hospice et sa communauté vit alors des collectes effectuées principalement en Italie.

Durant l’été 1099, la communauté se met au service des blessés chrétiens lors du siège de Jérusalem; en conséquence, Gérard Tenque est accusé par les musulmans de faire passer des vivres, puis est retenu prisonnier dans un cachot où les croisés le trouveront chargé de chaines. Les bénédictins reçoivent en récompense de Baudouin et Godefroy de Bouillon des donations et privilèges en grand nombre. L’afflux des pèlerins après la conquête, entraine l’extension de l’Hôpital Saint-Jean où de nombreux chevaliers croisés, soucieux du salut de leurs âmes, abandonnent le service des armes pour se consacrer aux blessés et aux malades. L’institution reçoit ainsi de nombreux soutiens des souverains de Terre Sainte, de l’Eglise, des princes et seigneurs d’Occident, notamment ceux d’Occitanie et d’Aragon. Si l’origine de l’Hôpital reste incertaine, il demeure établit par une bulle du pape Pascal II[1], que Gérard Tenque est reconnu en sa qualité de « président de l'Hôpital fondé près de l'église Saint-Jean-Baptiste. »

 

Dans cette action pieuse et charitable, ils ne reculèrent jamais face aux privations et l’austérité de la règle. Aucun des services qu'ils devaient rendre aux malades ne les rebuta; et « dans les premiers temps leur assistance était si vive, leur humilité si grande, qu’après avoir pansé les plaies des blessés, ils s'abaissaient jusqu'à laver les pieds des pèlerins. » C’est alors que les ressources précaires de la communauté s’accroissent grâce aux dons nombreux des croisés, certains donnant des sommes importantes, d’autres leurs biens propres en Europe, comme Godefroy de Bouillon qui leur transmit sa seigneurie de Montboire dans le Brabant. Ces dotations, auxquelles participèrent la plupart des princes de l'armée et des croisés, permirent à l'Ordre de se trouver en peu de temps largement possessionné en Europe et en Palestine. Il ne manquait plus à cette confrérie la consécration du Saint-Siège, qui est donnée le 15 février 1113, dans le cadre d’une bulle du Pape Pascal II. Elle consacre la fondation de l'Ordre,  sous le patronage de Saint Jean-Baptiste, et le met sous la protection des Etats du pape. Après le décès de Gérard de Martigues vers 1120, le pape Calixte II confirme l’indépendance de l’Ordre et encourage les donateurs. C’est alors que les établissements hospitaliers se multiplient en Terre Sainte où il faut accueillir et soigner un nombre grandissant de pèlerins.

Pour assurer protection et sécurité, une partie des frères hospitaliers deviennent des moines soldats, chargés de la défense par les armes des blessés, malades et des pèlerins contre les attaques des musulmans. En 1121, c’est sous l’influence du supérieur Raymond du Puy (1123-1160), alors élu par les frères de l’Hôpital, que l’Ordre devient à la fois hospitalier et militaire. En effet de nombreux combattants avaient rejoint la communauté de Gérard de Martigues, auréolée de tant de prestiges et de dévotion; aussi, Raymond Dupuy, était un soldat avant d’être moine. Ne dédaignant pas la charité, sûrement pensait-il que combattre les ennemis de la Foi était un mérite encore plus grand. Il adopte comme emblème la croix blanche à huit pointes de Saint-Jean (rappelant les huit Béatitudes du Sermon de Jésus sur la Montagne). Une nouvelle règle est établie, inspirée de celle de Saint-Augustin et rédigée en dix-neuf chapitres dès 1135. Cette dimension militaire conserve toutefois sa vocation d’aide et de soins aux malades, faisant l’objet du 16e chapitre de la Règle[2].

 

L’influence des combattants fut désormais décisive, et l'Ordre de l'Hôpital prit le titre de « chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem », qu'il couvrit d'autant de gloire sur les champs de bataille, que les frères servants ont pu déployer de charité à l'intérieur de leur hospice. C’est ainsi qu’apparaissent trois catégories de frères : Les chevaliers, les prêtres (chargés des offices religieux et exempts de rôle militaire) et les frères servants (spécialement attachés au service de l'Hôpital). C'était à ces derniers qu'incombait plus particulièrement le soin de veiller sur les malades et les pauvres tandis que les frères armés étaient en guerre.

En 1137, ils reçoivent de Foulques Ier, roi de Jérusalem, la garde de la forteresse de Bath-Gibelin, puis en 1142, Raymond II de Tripoli leur cède des territoires à reconquérir ainsi que les deux forteresses de Margat et du Krak des chevaliers[3]. En 1153, ils prennent une part importante dans la bataille d’Ascalon, remportée contre des troupes égyptiennes. En 1187, la défaite de Hattin sonne le glas des victoires, et le supérieur Roger des Moulins meurt durant les combats. Commence l’évacuation de Jérusalem pour Saint-Jean-d’Acre.



[1] Datée de 1118

[2] La confirmation enregistrée des statuts, conservés à Arles, correspond à celle rédigée ultérieurement sur ordre du pape Boniface VIII, rendue nécessaire par la perte de nombreux originaux après l’expulsion des Hospitaliers de Terre-Sainte en 1291.

[3] Citadelle édifiée par l’émir d’Homs en 1031, et conquise par Raymond de Saint-Gilles.

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