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La Societé Historique du Pays de Salers (SHPS)

Le Pacher de Salers

8 Mai 2011, 23:00pm

Publié par Société Historique du Pays de Salers

M Verdier alias De la Martille, nous décrivait une tranche de vie de Salers autours de 1900 dans la revue d’octobre et novembre 1945 : le "pacher" de Salers, le troupeau de chèvres qui était mis en commun dans la journée.

***

 

« Las tchabras ! Las tchabras ! Lou paché » ce cri séculaire servait jadis de réveil matin aux habitants de Salers, du printemps à l’arrière-saison. Il me semble encore voir déboucher des « trois arbres » de Barrouze, une femme, jeune ou âgée, alerte, se dirigeant vers la Martille, un groupe de chèvres grossissant à chaque pas, se pressait autours d’elle.

 

L’appel répété de la bergère provoquait un véritable branle-bas (…). Toute affaire cessante, femmes et enfants se précipitaient vers les petites étables pour délier les émules de la Biquette de Monsieur Seguin, impatientes après la traite du matin, de reprendre la clef des champs. D’un bond elles étaient dans la rue, humant l’air frais ; (…) elles emboitaient le pas derrière le peloton de leurs compagnes.(…) Le dénombrement suivant des chèvres de Barrouze et de la Martille donnera  une idée de l’animation qui régnait dans le quartier :

  • ·         A Barrouze, la Bacudo avait 3 chèvres ;
  • ·         Aux 3 arbres : la Liounèso, 2 ; chez Girailliou, 2 ; La Julie, 1 ; Lo Doumerguo, 1 ; La Nanéto d’Apcher, 2 ; La Lisounèto de Baladuc, 1 ; chez Chazette, 3 ;
  • ·         A la Martille : L’Imoujino, 1 ; La Poulèto, 2 ; La Jeannoto, 3 ; La Pierroto, 3 ; La Jeanne de Bougiri, 1 ; la Clarchino, 1 ; chez Doubindou (Leymarie), 1 ; La Jeanne de Layac, 1 ; La Mariotto de la Charlitto, 2.

Au total 30 chèvres.

 

Combien évocateurs sont tous ces noms, pour la plupart disparus, de braves et vaillantes femmes, debout avant le jour, qui élevaient des nichées de mioches. La liste complètes pour la ville serait trop longue à énumérer ; citons encore, cependant, quelques vieux noms particulièrement pittoresques : La Rouffeto, la Bardaguelo, la Rabinada, et la Pupela, sans oublier la Chambounèlo, la vénérée doyenne de l’ex Pacher de Salers.

 

 Par la porte et le « coustir » de la Martille, le pacher devenu imposant dévalait en trombe vers le « barri des Toupis » qui lui apportait son contingeant important. Le rassemblement général avait lieu à « la barrière » de l’hospice, où l’on attendait les retardataires. Le troupeau se dirigeait ensuite vers les communaux du Puy Figuier par le chemin de la Peyrade. (…) Au début du printemps, et à la fin de l’automne, le troupeau allait paître dans des parages moins éloignés : côte de la Pierre, Chaverivière, ou sur le bord de la côte de Palmont ou de Revel. Dans ces derniers cas, le rassemblement se faisait sur la route du foirail (…). De retour, à la nuit tombante, le Pacher se débandait à l’entrée de la ville. Chaque chèvre regagnait individuellement son étroit et sombre logis (…). La garde du pacher était assurée à tour de rôle par chaque propriétaire : la famille qui possédait 1 chèvre prenait une fois le tour, celle qui en avait 2, le prenait deux fois, etc… Organisation d’un simplicité biblique, qui fonctionnait d’une façon parfaite, dans la concorde la plus entière. (…)

Bien que n’ayant pas le droit de vote, les femmes de Salers géraient en personne leur pacher et l’administraient en bonnes mères de famille, comme une institution essentielle dont dépendait en grande partie l’avenir de tant humbles foyers.

Le Pacher comptait environ 70 chèvres. Sur la base de 400 litres par bête, il produisait annuellement  l’imposante quantité de 28 000 litres de lait, pur, chaud, écumant et vendu à domicile 2 sous l’écuelle. Ce prix ne remonte pas à l’époque des Croisades, ou de la guerre de Cent ans, mais simplement à une quarantaine d’années [NDT : ~1900] (…).

 

Le pacher a disparu, le mot lui-même est inconnu des générations nouvelles (…).

 

M Verdier alias De la Martille

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