Présentation

Recherche

Derniers Commentaires

Syndication

  • Flux RSS des articles
Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 22:11

DSCF8588.JPGUne visite dans un musée parisien pour découvrir des antiquités egyptiennes peut parfois être surprenante.

 

La découverte des collections permanentes du Musée Jacquemart-André à Paris, nous a permis de voir avec quelle passion, cette famille du XIXème siècle a accumulé des objets précieux de toutes les époques.

 

Au travers de cet impressionnant florilège d'oeuvres, un cabinet en laque noir de Chine, objet qui peut paraître courant dans un musée, trône dans un des salons annexes.

 

Ce cabinet date des alentours de 1680, on l'attribue à Pierre Gole. Acquis par Edouard André, c'est lors d'un dépouillement des Archives du Mobilier Royal que l'on put identifier sa provenance. Ce cabinet est en fait une commande de Louis XIV pour les bons soins de Mademoiselle Marie-Angélique de Scorailles-Roussilhe, dite la "Duchesse de Fontanges".

 

Les allégories présentent les amours d'Hercule et d'Omphale.

 

Pierre Gole, pour sa part, est le prédécesseur d'André-Charles Boulle, il est à l'origine de la marqueterie métallique telle qu'on l'admire sur ce meuble. Il est à noter que ce cabinet a été restauré par Alain de Saint-Exupéry, artisan serrurier.

 

Si Marie-Angélique reçut le titre de courtoisie de "Duchesse de Fontanges" pour service du roi, elle n'en demeure pas moins native du Château de Cropières (actuellement propriété de la famille Chefdebien), descendance d'une illuste famille, les Scorailles.

 

Marie-Angélique disparut tôt, après un accouchement douloureux et une "mauvaise fluxion". Une polémique a longtemps demeuré sur l'empoisonnement éventuel de la jeune favorite qui faisait ombrage aux autres dames de cour. Il apparait plus évident désormais qu'un fragment de la poche placentaire aurait pu être à l'origine d'une infection.

 

Louis XIV avoua néanmoins que de toutes ses favorites, Fontanges fut celle qui lui manqua le plus.

 

Bertan de La Farge (de Corrèze), ami de la SHPS et ancien conseiller culturel du Maire de Toulouse, recense actuellement les références sur la Duchesse, afin de faire publier le manuscrit de feu son père. Nous participerons bien évidemment à sa demande d'aide pour lui fournir tous les clichés nécessaires.


D'ici là, grâce à un musée, on peut être à Paris et au Pays de Salers en même temps!

 

Par Cédric Tartaud-Gineste - Publié dans : Histoire de Fontanges
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 12:15

Repli sur Malte :

 

L'Ordre des Hospitaliersentame une errance d’un peu plus de sept ans, s'installant successivement à Civitavecchia, puis, le pape Clément VII les héberge à Viterbe en 1528. Peu de temps après, ils décident de s’installer à Nice, dans les États de Savoie. Finalement l'empereur Charles Quint, conscient de l’importance de cet Ordre en Méditerranée face aux avancées ottomanes (Alger est conquise par Khayr Al-Dîn Barberousse en 1529), et souhaitant protéger ses possessions des incursions barbaresques, confie le 24 mars 1530, à l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, la possession de l'archipel de Malte, dépendance du royaume de Sicile. C’est ainsi que le grand maître Fra' Philippe de Villiers de l'Isle-Adam prend possession de l'île de Malte le 26 octobre 1530. La donation était faite à titre de fief indépendant « sous la réserve que la nomination de l'évêque de Malte serait faite par l'Empereur, sur la présentation de trois candidats par le Magistère de l'Ordre. »

L’Ordre adopte une politique de neutralité face aux conflits et ambitions des monarques européens, et en 1565, les Chevaliers, conduits par le grand maître Fra' Jean Parisot de la Vallette défendent l'île assiégée par les Turcs. La flotte navale de l’Ordre, considérée comme l’une des plus puissantes de Méditerranée, porte un coup fatal à la puissance ottomane lors de la bataille de Lépanto en 1571.

En 1798, Napoléon Bonaparte annexe l’île, obligeant les chevaliers à l’exode, qui ne pouvaient s’engager dans une lutte contre des chrétiens. Bien que le traité d'Amiens (1802) reconnaissait ses droits souverains, l'Ordre ne pu jamais rentrer à Malte. Il se déplace alors à Messine, Catane, demeurant ainsi en Sicile jusqu’en 1834. Devant cet « État sans territoire », le pape Léon XI lui accorde en 1826 un couvent et une église à Ferrare en Italie. Finalement, l’Ordre s’établit définitivement à Rome en 1834, avec la bénédiction papale, où il possède le Palais Magistral, situé via Condotti 68, ainsi que la Villa Magistrale édifiée sur le mont Aventin.

 

Dès sa capitulation devant les armées de la Révolution, l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem perdura sous la tutelle de Paul Ier de Russie, nommé protecteur puis grand maître de facto. Orthodoxe, il ne sera pas reconnu par le pape Pie VI. Le lieutenant du Tsar est alors le comte Nicolas Soltykoff (1801-1803). Le pape Pie VII attribut le titre de grand maître à Giovanni Battista Tommasi(1803-1805). Ensuite, seuls des lieutenants du Grand Magistère se succèdent jusqu’à ce que le pape Léon XIII (1879) rétablisse le titre de grand maître.

En 1864, une nouvelle administration se met en place avec la création des Prieurés (associations nationales), se substituant ainsi aux anciennes « langues ». Mais en 1951, le cardinal Nicolas Canali, grand maître de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre, tente en vain de se faire élire également grand maître de l’Ordre de Malte. Il en résulte une crise qui s’étend pendant près de dix ans, sans réélection d’un grand maitre à la tête de L’Ordre. En 1953, l’Ordre obtient toutefois la reconnaissance de sa souveraineté par le tribunal cardinalice. Une charte constitutionnelle est votée en 1961, et approuvée par Jean XXIII. Cet acte précise que l'Ordre de Malte prend la suite des Hospitaliers, et entérine ainsi la création de l’Ordre Souverain de Malte. Il entretient des relations diplomatiques avec 104 Etats, qui reconnaissent au grand maître les immunités et les honneurs dus aux chefs d’Etats. Trois grands maitres se sont succédés depuis 1962 :

Cet Ordre aura prit en conséquence de nombreux noms, selon ses implantations. De nos jours, il est officiellement nommé : « Ordre Souverain Militaire Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte. » Ils prennent aussi différentes appellations, comme chevaliers hospitaliers, en vertu de leur mission d’assistance médicale; mais aussi chevaliers de Saint-Jean, en référence au saint patron de l’Ordre. Il existe quatre autres Ordres de Saint-Jean non catholiques reconnus comme Ordres de chevalerie, partageant la même tradition historique et la même mission que l'Ordre Souverain de Malte, c'est-à-dire l’assistance aux malades et aux pauvres. Leur action s'exerce surtout dans le domaine de la charité, et ils disposent d'hôpitaux, de centres de premiers secours et d'équipements destinés aux soins des blessés et des réfugiés ainsi que d’une flotte d’avions sanitaires.

Les ramifications de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem va connaitre de multiples adaptations selon la volonté des princes et politiques des différents pays d’Europe. En Angleterre, il cessa d’exister sous le règne d’Henri VIII, puis après une tentative avortée de restauration en 1830, le « Vénérable Ordre » fut créé, et devint en 1870 une fondation humanitaire à part entière. En 1888, l'Ordre fut reconnu par la reine Victoria, comme un Ordre de la Couronne. Il est aujourd'hui connu pour son corps ambulancier actif dans de nombreux pays, pour son service d'ophtalmologie à Jérusalem et ses unités de premiers secours et services infirmiers. Il est représenté aujourd’hui par de nombreuses associations dans près de 40 pays dans le monde, pour la plupart anglophone. De tous les Ordres de Saint-Jean, c'est le seul à ne pas appliquer de restrictions dans sa politique d'admission.

En 1998, après deux siècles d’exile, l’Ordre de Malte est réintroduit sur l’île, où la République de Malte a mis à sa disposition le fort Saint-Ange à la Valette pour tenir ambassade.

 

 

Sources documentaires :

 

-            Eric Brockman, The two sieges of Rhodes, 1480-1522, Londres 1969.

-          Nicolas Vatin, L'Ordre de Saint-Jean-de Jérusalem, l'Empire ottoman et la Méditerranée, Éditions Peeters, p.355.

-          Revue le Médiéviste, Philippe Conrad, professeur d’Histoire - Benoît Beaucage, historien médiéviste.

-          Sources : Ordre Souverain Militaire Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte.

-          Albert l'Aleman, lieutenant du grand-maître. 22 juill. 1310 [Chronique d'Amadi, 367).

-          Joseph Delaville Le Roulx. Les Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre (1100-1310). Paris, E. Leroux.

-          Sources : Histoire des Chevaliers de Rhodes, depuis la création de l'Ordre à Jérusalem, jusqu'à la capitulation à Rhodes. Par Eugène Flandrin. Editeurs Alfred Mame et fils, Tours. 1873.

-          Chroniques de Guillaume de Tyr.

-          Vogué, Eglises de là Terre Sainte, 252. Cf. un acte de juin 1174 (Cartulaire, I, n° 464).

-          Manuscrit et gravures de Guillaume Caoursin (XVe siècle), BnF manuscrit latin 6067.

-          René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - III. 1188-1291 L'anarchie franque, Paris, Perrin, 1936 (réimpr. 2006).

-          Amin Maalouf, Les croisades vues par les arabes, J’ai lu, 1983.

-          Georges Bordonove, Les croisades et le royaume de Jérusalem, Paris, Pygmalion, 1992 (réimpr. 2002).

-          Bertrand Galimard Flavigny (2006) Histoire de l'ordre de Malte, Perrin, Paris.

-          Assassinat programmé des Templiers, essai de Jacques Rolland, ed. La Table d’Emeraude, 2006.

-          Edmond Giscard d'Estaing, "Jean de Lastic, grand maître des Hospitaliers (1437-1454)", Annales (XII, IV), octobre-décembre 1964.

-          Gilles Rossignol, Pierre d'Aubusson, le "bouclier de la chrétienté". Les Hospitaliers à Rhodes, La Manufacture, Besançon, 1991, 319 p.

-          Dominique Bouhours, Histoire de Pierre d'Aubusson (Mabre-Cramoisy, Paris, 1677).

-          G. Rossignol, Pierre d'Aubusson, le bouclier de la chrétienté, Lyon, La Manufacture, 1991, p. 29-38.

-          Léopold Niepce, Le Grand-Prieuré d'Auvergne - Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, 1883, Lyon, Genève, Bâle, Librairie Générale Henri Geors.

-          Hippolyte Bouffet, Les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean en Haute-Auvergne.

Par Stéphane VEYRET - Publié dans : Ordres de chevalerie et symbolismes divers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 12:12

 

Les sièges de Rhodes:

 

Cependant les îles du Dodécanèse, reconquises entre 1307 et 1311, autrefois sous suzeraineté byzantine, constituent une ligne de front face à l’extension de l’empire ottoman. La présence des hospitaliers au large de l’Asie Mineure constitue une menace pour le sultan turc. Plusieurs sièges sont menés en 1426, 1440, 1444, puis en 1480. Après la chute de Constantinople, le grand maître Jean de Lastic (1437-1454) refuse de payer tribu, laissant présager le choc à venir. Commence alors un siège de grande envergure, dont la défense fut soigneusement préparée par Pierre d’Aubusson (1476-1503). Ce siège débuté en avril, se poursuit durant quatre mois, lorsqu’une flotte hispano-napolitaine arrive au secours de la place et pousse au repli l’armée turque qui y laisse près d’un tiers de son armée.

Selim Ier projette une nouvelle expédition mais décède en 1520; l’idée est alors reprise par son fils Süleymân Kânûnî (législateur) - Soliman le Magnifique - qui met en œuvre une flotte composée de plusieurs centaines de navires et une armée de plus de cent mille hommes, avec près de trois cent canons, commandée par Mustapha Pacha, beau-frère du sultan. La flotte apparait au large de Rhodes le 26 juin 1522, établissant un long siège de la ville qui s’étend alors sur terre et sur mer. Durant les treize premiers jours l’armée ennemi monta ses campements et prépara le siège. Selon le rapport d’espions, cette inaction prolongée s'expliquait par l'attente d'un second corps de cent mille hommes qu'amenait le sultan en personne à travers l'Anatolie. Des vaisseaux étaient réunis à Marmaritza pour les porter à Rhodes. Les Turcs firent dans ce siège des travaux considérables, pour un succès chèrement acquis où le sultan sacrifia largement la vie de ses soldats.

 

La résistance est organisée par le grand maître Philippe de Villiers de l'Isle-Adam, un stratège et un diplomate reconnu, qui sait ne pouvoir compter sur l’Europe, alors en guerre.  Il fait appel à Gabriel Tadini di Martinengo, expert en fortification et contre-sape. Il renforce la cité en artillerie, vivre et munitions. Malgré les appels du pape Adrien VI, il ne peut que compter sur les renforts hospitaliers des îles du Dodécanèse (650 chevaliers) ainsi que sur le soutien de 200 Génois, 50 Vénitiens, 400 Crétois, et 6000 Rhodiens. Le siège s’enlisa durant six mois, causant de lourdes pertes dans les rangs turcs (journée du 24 septembre), obligeant Soliman à destituer son beau-frère Mustapha Pacha, alors nommé à la tête de l’armée.

 

« Le 24 septembre, les assaillants se présentent sur tous les points à la fois, et parviennent à se loger dans le bastion d'Espagne, où l'aga des janissaires plante l'étendard de cette troupe d'élite. Le combat fut long et sanglant. Les remparts de Rhodes formaient un cercle de feu au milieu duquel les détonations de la canonnade se mêlaient au cliquetis des armes et au pétillement des coups d'arquebuse; mais dans les suprêmes moments, les suprêmes efforts, et, malgré leur bravoure acharnée, les Turcs, forcés de plier, durent abandonner le terrain un instant conquis par eux, en laissant aux mains des chevaliers plusieurs drapeaux. Ils perdirent dans cette seule journée, si l'on en croit les rapports du temps, jusqu'à quinze mille hommes. »

« La situation des chevaliers était donc fort critique; mais combien ne dut-elle pas leur sembler désespérée quand ils vinrent à reconnaître que la poudre manquait ! Le chevalier d'Amaral voyait déjà poindre, avec une joie secrète, les conséquences de sa perfidie. Néanmoins le courage ne faillit point. On ménagea les coups, et ils furent plus sûrs. On fabriqua à la hâte de la poudre. Le grand maître mit quatorze de ses propres chevaux à faire mouvoir les moulins qui pulvérisaient le nitre et le charbon, sous la direction et la surveillance du chevalier de Parisot… Du côté des assiégés, tout le monde combattait, jusqu'aux prêtres et aux femmes. Les uns portaient de la terre pour réparer les brèches, des pierres pour lancer sur les infidèles; les autres apportaient du pain, du vin, et ranimaient les défaillants… Jamais Rhodes ne s'était vu dans un si grand péril, jamais l'ordre de Saint-Jean n'avait été attaqué par tant d'ennemis à la fois ; jamais non plus il ne montra autant d'héroïsme. »

« L’Ile-Adam assembla le chapitre pour délibérer sur ce que l'honneur et le devoir pourraient inspirer encore de dévouement, ou permettre de sacrifices à la conservation des habitants… Le grand maître, qui ne voulait pour lui-même d'autre linceul que sa cotte d'armes, et pour tombeau que la brèche, se laissa insensiblement gagner à la pitié pour la population qui l'entourait… Il fut donc résolu, dans cette assemblée suprême, qu'on prêterait l'oreille aux ouvertures du sultan. Des pourparlers eurent lieu en effet. De nombreux messages furent échangés, pendant lesquels les échos étonnés ne retentissaient plus des détonations de l'artillerie… L'empereur, touché de la résignation pleine de dignité qui se peignait sur les traits du grand maître, exprima ses regrets d’obliger un vieillard à quitter sa demeure. Dans cette disposition d'esprit, il se montra plus conciliant; et, débattant avec douceur les clauses de la capitulation à laquelle se soumettait le grand maître, il ne se refusa pas à ce qu'elle fût aussi honorable que possible, en la rendant moins dure pour l'ordre de Saint-Jean… Le sultan promettait, en outre, que les églises ne seraient pas profanées, et que l'exercice du culte chrétien y serait toléré. Cette capitulation fut signée le 24 décembre 1522. »

(Extraits de l’histoire des chevaliers de Rhodes par Eugène Flandrin, 1873).

 

Le 14 novembre, la tour d’Espagne s’effondre et les bastions d’Angleterre, de Provence, d’Italie et d’Aragon menacent ruine. Trahisons, famine, manque de munitions, garnison affaiblie, épidémies qui ravagent les troupes turques, et la trahison finale du grand chancelier de l’Ordre, André d’Amaral, grand prieur de la langue de Castille, entrainent des négociations dès le 10 décembre, aboutissant à un accord signé le 24 décembre 1522. Admiratif, Soliman permet aux hospitaliers de quitter l’île avec les honneurs militaires. C’est ainsi que le Ier janvier 1523, 160 chevaliers hospitaliers survivants embarquent avec tous leurs biens et près de 4.000 chrétiens,  emportant dans trente navires leur trésor, leurs archives et leurs reliques.

 

 « Villiers de l'Ile-Adam avait fait embarquer, au pied de la tour Saint-Michel, ses compagnons d'infortune avec ce qu'ils pouvaient emporter de Rhodes, où ils laissaient les souvenirs sanglants de leur dévouement, ainsi que la trace impérissable de leur gloire. Quelques galères peintes de noir, en signe de deuil, les reçurent; et ils levèrent l'ancre sans qu'aucun étendard y fût déployé comme aux jours de leurs courses victorieuses. Une seule bannière flottait à mi-mât du navire que montait le grand maître : c'était celle de Notre-Dame, avec ces mots : Afflictis spes mea rebus : « Dans mon malheur tu es mon espoir. » Le départ eut lieu de nuit, afin que l'obscurité leur épargnât la douleur de distinguer ces tours et ces murs pour la conservation desquels ils avaient versé leur meilleur sang. »

(Extraits de l’histoire des chevaliers de Rhodes par Eugène Flandrin, 1873). 

 

Finalement, Seule la Crête reste aux mains des vénitiens, liés par des traités commerciaux avec l'Empire ottoman. Mais la république de Venise, ambitieuse et jalouse, aspirant à l'empire maritime, ne voyait pas sans déplaisir l’anéantissement de la marine redoutée de l’Ordre de Saint-Jean. Toutefois, la chute de Rhodes compromettait infailliblement les possessions vénitiennes dans la Méditerranée. Rhodes demeurera dans les mains des Ottomans jusqu’en 1912.

Par Stéphane VEYRET - Publié dans : Ordres de chevalerie et symbolismes divers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 12:10

Des problèmes financiers :

 

En ce début du XIVe siècle, L’Ordre connait un endettement massif auprès des grandes banques italiennes; des frais engendrés par la conquête et les fortifications de l’archipel de Rhodes (Dodécanèse) auxquels s’ajoutent les coûts de l’attribution des biens du Temple. Le Grand maître Elyon de Villeneuve (1319-1346) demeure donc en Occident une dizaine d’années pour redresser une situation financière particulièrement préoccupante. Les grands administrateurs des provinces de l’Ordre ont donc pour préoccupation majeure d’assurer la régularité des rentrées financières depuis les commanderies.

Devenu puissance navale, l’Ordre hospitalier doit affronter les mameluks d’Egypte, puis les turcs ottomans, qui entreprennent la conquête de l’Asie Mineure, menaçant bientôt les îles de la mer Egée et les territoires européens de l’empire byzantin. La guerre de course qui s’engage permet l’enrichissement rapide de l’Hôpital, mais les faiblesses byzantines et les guerres en Europe dans la seconde moitié du XIVe siècle ne favorisent guère l’idée de relance d’une croisade, d’autant qu’une armée soutenue par l’Ordre est vaincue par les Turcs à Nicopolis en 1396, où le grand maître Philibert de Naillac (grand prieur d’Auvergne) compte parmi les rescapés. Cet échec laisse désormais les mains libres dans les Balkans au sultan Bajazet Ier, et l’Ordre perd tout espoir de reconquérir les lieux saints. Une vingtaine d’années plus tard, les menaces se précisent contre Constantinople. Toutefois les Hospitaliers poursuivent leur mission d’accueil et d’assistance et font bâtir de nombreux dispensaires et lazarets, ainsi que plusieurs forteresses et citadelles dans les îles du Dodécanèse.

Par Stéphane, guide à Salers - Publié dans : Ordres de chevalerie et symbolismes divers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 16:46

L’Archivothon : la fabuleuse histoire du fonds Chevalier

(collection Brou de Laurière)

 

 

M. Patrick Brou de Laurière possédait à Salers la maison Flaugeac, où il venait quelques jours par ans, sans y séjourner véritablement. Ce Périgourdin était une figure de Salers, affable et excentrique. Il est mort à l’été 2010, ayant pris ses dispositions pour que ses biens servissent au financement de la recherche médicale. Ses exécuteurs testamentaires passèrent à Salers début août, emportant les objets de valeur pour qu’ils fussent vendus à Périgueux, laissant la bibliothèque sur place pour qu’elle fît l’objet d’une vente à Aurillac ; quant aux archives, M. le maire de Salers avait toute latitude d’en disposer. C’est ainsi que le directeur des Archives départementales du Cantal reçut un appel de M. Maltcheff, et qu’il alla, aidé de M. Philippe Garrigue, historien bien connu de Salers, récupérer un très beau fonds d’archives de la famille Chevalier (fin XVIe-XVIIIe siècle).

 

En janvier 2012 parut le catalogue de la vente aux enchères de Périgueux. Plusieurs lots d’archives concernent le Cantal, manifestement une portion du fonds Chevalier de Salers, y figuraient. Les enchères du 22 février dépassèrent malheureusement les plafonds des ordres donnés par les Archives départementales, et un seul des cinq lots fut acquis par le Conseil général.

 

Peu de temps après, divers internautes sagraniers virent apparaître sur internet, vendus à la pièce, des documents d’archives provenant manifestement de ce fonds acquis à Périgueux. Le dépeçage avait commencé ! Dans l’impossibilité d’intervenir sur chaque enchère électronique, l’archiviste commençait de baisser les bras lorsque Mme Fernandez, ainsi que MM. Rivalin, Tartaud-Gineste et Combes, contactant les vendeurs, leur demandèrent à quel prix ils consentiraient à revendre l’ensemble du fonds. Ces marchands « autoentrepreneurs » de Montluçon firent une proposition qui leur constituait une marge confortable, mais moins importante que celle qu’ils escomptaient ; néanmoins elle les dispensait du fastidieux travail de mise sous plis des documents vendus à la pièce.

 

Les Archives départementales proposèrent une somme correspondant, arrondie à quelques centaines supérieures, au plafond de leur ordre d’achat. Et commença alors grâce à l’association Aprogemere, et sous l’impulsion de son président Claude Cheymol, un véritable Archivothon. L’association « Photothèque et Archives cantaliennes » de soutien aux Archives publiques, contribua elle aussi. Les membres d’Aprogemere firent chèque et promesses de don, qui dépassèrent même de 1588 euros la somme requise.

 

Le voyage à Montluçon fut une formalité, et l’ensemble du fonds (si ce n’est trois petits lots, mineurs, acquis par une autre personne, et dont il faut espérer qu’on puisse les racheter en bloc) est désormais aux Archives départementales. Il s’agit d’un fonds important (12 mètres linéaires) portant sur la famille Chevalier et ses collatéraux. A Salers, tout commence par les vaches et le fromage ; les Chevalier « investissent » leurs profits dans des études de droit et de théologie. Ils deviennent ecclésiastiques, avocats, magistrats au bailliage de Salers, maire de la ville. Le fonds d’archives reflète les activités agricoles, juridiques et politiques de cette famille notable de Salers, dans les actuels cantons de Salers, de Pleaux et de Mauriac.

 

Le Conseil général du Cantal souhaite adresser ses plus vifs remerciements à tous ceux qui ont contribué à cet Archivothon. Les contributeurs, les membres d’Aprogemere et de Photothèque et Archives cantaliennes sont invités à découvrir ce fonds, le lundi 23 avril 2012, à partir de 14 h, aux Archives départementales du Cantal (entrée par le 1, rue du 139e RI). Cette séance sera consacrée au « dépliage » du fonds et à son tri. L’objectif, si ce travail collectif fonctionne, serait que le fonds puisse être classé courant 2012

 

 

 

 

(Texte en provenance du site internet des archives départementales du Cantal)

Par Société Historique du Pays de Salers - Publié dans : Vie de la Société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 9 avril 2012 1 09 /04 /Avr /2012 12:07

Chute de Saint-Jean-d’Acre et replis en Méditerranée :

 

 

Dès les années 1260, le sultan d’Egypte Baïbars se lance dans une campagne de reconquête de la Palestine, suivi par les offensives de Qala’ûn et son fils Al-Ashraf Khalîl, qui vient assiéger Saint-Jean-d’Acre au printemps 1291. La ville tombe le 18 mai après de violents combats où Templiers et Hospitaliers, s’illustrèrent dans une défense héroïque face aux vagues sans cesse renouvelées des assaillants. Le grand maître du Temple Guillaume de Beaujeu meurt durant cette bataille, qu’il va incarner jusqu’au bout, ainsi que tant de courages illustrés par des hommes comme le maréchal de l’Ordre des Hospitaliers, Matthieu de Clermont, dont l'héroïsme avait soulevé l'admiration de tous[1]. Seuls sept hospitaliers et dix templiers survivent à la fin de ces tragiques évènements, dès lors une page se tourne pour les ordres militaires. Contraints d’abandonner Saint-Jean-d’Acre, les Hospitaliers trouvent refuge à Chypre où Henri II de Lusignan leur concède la ville de Limassol.

La situation insulaire de Chypre va faire de l’Ordre une puissance navale, avec à la tête un service de santé exemplaire et en avance sur son temps. Bien que possédant des navires depuis le XIIe siècle, la dignité de Grand Amiral est créée en 1300. Puis, le pape Clément V reconnait à l’Ordre (en 1306) le droit d’armer des navires sans l’autorisation d’Henri II de Lusignan. Il est à noter que cette même année, le pape convoque Foulques de Villaret et Jacques de Molay, grand maître du Temple, pour envisager une fusion des deux Ordres[2]. Les deux grands maîtres ne font qu'effleurer la question, mais se mettent d’accord pour envisager une nouvelle croisade. La richesse et la liberté d’action des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, entrainent toutefois des complications avec le souverain de l’île. C’est alors que le grand maître Guillaume de Villaret mesure l’intérêt stratégique de l’île de Rhodes. Tandis que les Templiers complotent[3] à Chypre et se débattent avec le roi de France Philippe le Bel, les Hospitaliers entreprennent la conquête de Rhodes.

Cette île située près des côtes d’Asie Mineure, à proximité de ce qui deviendra l’empire ottoman, est aussi proche de grandes routes maritimes et réputée pour ses terres agricoles, qui faisait d’elle une principauté riche et puissante durant l’antiquité. Au début du XIVe siècle, l’île fut abandonnée par Byzance aux pirates turcs et arabes, justifiant ainsi la reconquête par les chevaliers. Le grand maître Foulques de Villaret[4](1305-1319) se trouve auprès du pape pour envisager une nouvelle croisade, lorsqu’une trentaine de chevaliers, à la tête d’un corps expéditionnaire transporté par six navires, aidés par des bateaux gênois, débarquent dans l’île le 11 novembre 1307. Ils s’emparent du château de Philermos avant d’obtenir la capitulation du château de Rhodes le 15 août 1310. En moins de trois ans, l’Ordre contrôle les forts de Cos et Kastelórizo, ainsi que les îles de Limonia, Alimnia, Chalki, Symi, Tilos, Nissiros, Kalymnos, Leros et le port de Smyrne. Ils fortifient ces îles du Dodécanèse et font édifier une enceinte formidable autour de Rhodes, ainsi que de nombreux bâtiments, dont le palais du grand maître (1319). Rhodes devient ainsi un Etat territorial frappant monnaie et menant des relations diplomatiques avec les royaumes voisins.



[1] La seule source narrative occidentale parvenue à ce jour sur la chute de Saint-Jean d’Acre est due à la plume de Fra Riccoldo de Monte Croce, dominicain qui arriva à Acre en 1288 - Epistolae ad Ecclesiam Triumphantem - manuscrit de la bibliothèque vaticane (n°7313).

[2] Le concile de Lyon en 1274 en avait déjà évoqué la possibilité.

[3] Les Templiers soutiennent Henri de Lusignan contre ses frères Guy et Amaury. Ce dernier, seigneur de Tyr, sera exilé en Arménie.

[4] Neveu et successeur de Guillaume de Villaret.

 

Par Stéphane VEYRET - Publié dans : Ordres de chevalerie et symbolismes divers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 12:23

Dans leur recherche constante de précisions historiques, les Archives Départementales du Cantal mettent en ligne une sélection de clichés qui ne sont pas à ce jour identifiées.

 

N'hésitez pas à cliquer sur le lien pour y accéder et à former vos éventuelles propositions aux AD en direct

Par Cédric Tartaud-Gineste - Publié dans : Monuments Historiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 11:58

Une organisation exemplaire :

 

La multiplication des dons constitue un important patrimoine foncier, développant l’influence de l’Ordre dans les royaumes d’Occident, où il accomplit aussi des missions d’aides aux malades. L’ensemble des domaines se compose de « commanderies » regroupées en « prieurés ». Dès la première donation faite par Godefroy de Bouillon, d'un casual (village fortifié) en Palestine et d'un fief en Brabant; l'ordre reçoit des forts pour défendre la Terre sainte et des fiefs pour assurer le revenu des aumônes. Ainsi pour assurer une gestion efficace, les supérieurs puis les grands maîtres confient cette gestion à des « gens de mérite et de probité » qui résidaient sur place. Cette praeceptoria dirigée par un praeceptor ou magister est à l'origine des commanderies au XIIIe siècle, qui chaque année envoyaient au siège de l’Ordre les responsions (impositions), représentant environ le 1⁄6 des revenus de la commanderie. Les commanderies assurent ainsi le transfert d’une partie des revenus, permettant l'entretien des garnisons, des hôpitaux et des auberges de l'Ordre[].

L’Ordre est particulièrement influent en France où près d’un tiers de ses commanderies sont établies (environ 650 au XVe siècle). Pour satisfaire à une plus grande équité et obéissance à ses règlements intérieurs, l'Ordre tient un conseil présidé par le grand maître. Toutes les questions graves qui pouvaient intéresser la discipline et l'administration de ses biens y étaient discutées, et le grand maître n'y avait d'autre privilège que de compter sa voix pour deux, en cas de partage dans les opinions émises. Ce n’est qu’en 1267, qu’un bref du pape Clément IV accorde le titre de grand maître au supérieur de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, en la personne de Hugues de Revel (1259-1277). Ce dernier est élu à vie par le chapitre général de l’Ordre. La tradition va ainsi se perpétuer jusqu’à l’abdication de Ferdinand de Hompesch, dernier grand maitre de l’Ordre, en 1799.

Plus tard, le regroupement des chevaliers sur l’île de Chypre, pousse le grand maître Guillaume de Villaret (1300-1305) à réorganiser l’Ordre en sept langues ou « provinces », par décret capitulaire de1301. Cette division administrative est confirmée plus tard par le grand maître Hélion de Villeneuve en 1327, lors d’un chapitre tenu à Montpellier, et se compose des langues de Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Angleterre (y compris Ecosse et Irlande) et Allemagne. En 1492 la huitième Langue est constituée avec celle de Castille provenant d’une séparation avec celle du Portugal et de la langue d'Aragon. L'Ordre frappait aussi monnaie et entretenait des relations diplomatiques avec les Etats de l’époque. Les autres charges de l'Ordre étaient attribuées aux représentants des différentes Langues. Chaque langue disposait d'une « auberge », un bâtiment que les frères de la langue partagent pour les réunions, les repas en commun et aussi l'hébergement. C’est sous la responsabilité d'un bailli conventuel appelé « pilier » et désigné à l'ancienneté (quinze ans minimum dont dix au couvent) par l'ensemble des frères de la langue, que se trouve représentée chaque langue et l’auberge. Les « piliers » reçoivent une allocation forfaitaire et des denrées alimentaires pour faire vivre l'« auberge ».

Ces régions parlant la même langue sont placées sous l’autorité d’un « pilier » :

Le pilier de la langue de Provence porte le titre de « Grand Commandeur » ou « Grand Précepteur », s’occupant de la gestion des finances et de la logistique, il est aussi appelé à remplacer le grand maître en cas d’absence ou maladie. Le pilier de la langue d’Auvergne est « Grand Maréchal », chargé des questions militaires; celui de France exerce la fonction de « Grand Hospitalier », responsable des hôpitaux et des soins dispensés aux malades. Le pilier d’Aragon assume celle de « Drapier », chargé de l’habillement, et « Grand conservateur », signant les billets de solde anticipée. Le pilier de la langue d’Italie porte le titre « d’Amiral » et commande les forces navales, tandis que celui d’Angleterre est le « Turcopolier », commandant des troupes auxiliaires de cavalerie légère, et enfin celui d’Allemagne occupe les fonctions de « Grand Bailli », chargé des fortifications.

Entre le XIVe et XVe siècle, la « langue d’Auvergne » fournit quatre Grand maîtres à l’Hôpital : Philibert de Nailhac (1396-1421); Jean de Lastic (1437-1454); Pierre d’Aubusson (1476-1503) et Guy de Blanchefort (1512-1513), neveu du précédent. De nombreux travaux de fortifications sont réalisés sous la maitrise de Pierre d’Aubusson, comme en témoigne le grand nombre d’édifices portant ses armoiries.

 

100px-Blason_Pierre_d-Aubusson.svg.png


Armoiries de Pierre d’Aubusson (source wikipédia)


La renommée des Hospitaliers, leurs exploits et bienfaits, s'étendaient dans tout l'Occident. Congratulés par les souverains et les princes, les Hospitaliers, animés d’un esprit de charité, fondent en Europe des établissements analogues à celui de Jérusalem, venant en aide aux pèlerins pour leur faciliter l’accès à la Terre Sainte, grâce à un réseau d’hospices, véritables succursales du grand hôpital de Jérusalem. Le 2 mai 1312, la richesse de l'ordre s'accrût encore par le transfert ad providam des biens des Templiers(exception faite des possessions d'Espagne et du Portugal, où deux ordres apparaissent sur les ruines du Temple : l’ordre de Montesa et l’ordre du Christ).

Par Stéphane VEYRET - Publié dans : Ordres de chevalerie et symbolismes divers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 19 mars 2012 1 19 /03 /Mars /2012 09:28

Salers---Maison-des-Templiers-20.JPGVoici une nouvelle rubrique de la Société Historique du Pays de Salers que nous ouvrons spécialement eu égard aux efforts conséquents que le nouveau guide du Musée de Salers entreprend pour faire la lumière sur les origines de cette maison... qui semble n'avoir finalement rien de templier malgré les certitudes locales.

 

Aussi, l'attention se porte particulièrement vers un propriétaire antérieur de la maison, Israël de MOSSIER, qui aurait été membre de l'Ordre de Malte.

 

En attendant d'avoir de plus croustillantes informations sur ce chapitre de l'histoire de Salers, le guide du Musée, Stéphane, vous propose ici de découvrir l'importance de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem (Ordo Hospitalis sancti Johannis Ierosolimitani)  au cours des siècles, ce sont des élèments contextuels importants.

 

 

 

 

 

Une fondation par la République maritime d’Amalfi

 


Au milieu du XIe siècle, des marchands italiens de l'ancienne République maritime d'Amalfi, obtiennent du Calife Fatimide d'Egypte Al-Mostansir, la concession d'un terrain sur l'Esplanade du Temple. Ils font  édifier l’église Sainte-Marie des Latins (pour la différencier de celle des Grecs), deux monastères, une auberge et un hospice (vers 1080), confiés à des bénédictins sous la direction de Gérard Tenques (de Martigues). Cette communauté accueille les pèlerins chrétiens, ainsi que malades et indigents, sans distinction de race ni de religion. L'hospice et sa communauté vit alors des collectes effectuées principalement en Italie.

Durant l’été 1099, la communauté se met au service des blessés chrétiens lors du siège de Jérusalem; en conséquence, Gérard Tenque est accusé par les musulmans de faire passer des vivres, puis est retenu prisonnier dans un cachot où les croisés le trouveront chargé de chaines. Les bénédictins reçoivent en récompense de Baudouin et Godefroy de Bouillon des donations et privilèges en grand nombre. L’afflux des pèlerins après la conquête, entraine l’extension de l’Hôpital Saint-Jean où de nombreux chevaliers croisés, soucieux du salut de leurs âmes, abandonnent le service des armes pour se consacrer aux blessés et aux malades. L’institution reçoit ainsi de nombreux soutiens des souverains de Terre Sainte, de l’Eglise, des princes et seigneurs d’Occident, notamment ceux d’Occitanie et d’Aragon. Si l’origine de l’Hôpital reste incertaine, il demeure établit par une bulle du pape Pascal II[1], que Gérard Tenque est reconnu en sa qualité de « président de l'Hôpital fondé près de l'église Saint-Jean-Baptiste. »

 

Dans cette action pieuse et charitable, ils ne reculèrent jamais face aux privations et l’austérité de la règle. Aucun des services qu'ils devaient rendre aux malades ne les rebuta; et « dans les premiers temps leur assistance était si vive, leur humilité si grande, qu’après avoir pansé les plaies des blessés, ils s'abaissaient jusqu'à laver les pieds des pèlerins. » C’est alors que les ressources précaires de la communauté s’accroissent grâce aux dons nombreux des croisés, certains donnant des sommes importantes, d’autres leurs biens propres en Europe, comme Godefroy de Bouillon qui leur transmit sa seigneurie de Montboire dans le Brabant. Ces dotations, auxquelles participèrent la plupart des princes de l'armée et des croisés, permirent à l'Ordre de se trouver en peu de temps largement possessionné en Europe et en Palestine. Il ne manquait plus à cette confrérie la consécration du Saint-Siège, qui est donnée le 15 février 1113, dans le cadre d’une bulle du Pape Pascal II. Elle consacre la fondation de l'Ordre,  sous le patronage de Saint Jean-Baptiste, et le met sous la protection des Etats du pape. Après le décès de Gérard de Martigues vers 1120, le pape Calixte II confirme l’indépendance de l’Ordre et encourage les donateurs. C’est alors que les établissements hospitaliers se multiplient en Terre Sainte où il faut accueillir et soigner un nombre grandissant de pèlerins.

Pour assurer protection et sécurité, une partie des frères hospitaliers deviennent des moines soldats, chargés de la défense par les armes des blessés, malades et des pèlerins contre les attaques des musulmans. En 1121, c’est sous l’influence du supérieur Raymond du Puy (1123-1160), alors élu par les frères de l’Hôpital, que l’Ordre devient à la fois hospitalier et militaire. En effet de nombreux combattants avaient rejoint la communauté de Gérard de Martigues, auréolée de tant de prestiges et de dévotion; aussi, Raymond Dupuy, était un soldat avant d’être moine. Ne dédaignant pas la charité, sûrement pensait-il que combattre les ennemis de la Foi était un mérite encore plus grand. Il adopte comme emblème la croix blanche à huit pointes de Saint-Jean (rappelant les huit Béatitudes du Sermon de Jésus sur la Montagne). Une nouvelle règle est établie, inspirée de celle de Saint-Augustin et rédigée en dix-neuf chapitres dès 1135. Cette dimension militaire conserve toutefois sa vocation d’aide et de soins aux malades, faisant l’objet du 16e chapitre de la Règle[2].

 

L’influence des combattants fut désormais décisive, et l'Ordre de l'Hôpital prit le titre de « chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem », qu'il couvrit d'autant de gloire sur les champs de bataille, que les frères servants ont pu déployer de charité à l'intérieur de leur hospice. C’est ainsi qu’apparaissent trois catégories de frères : Les chevaliers, les prêtres (chargés des offices religieux et exempts de rôle militaire) et les frères servants (spécialement attachés au service de l'Hôpital). C'était à ces derniers qu'incombait plus particulièrement le soin de veiller sur les malades et les pauvres tandis que les frères armés étaient en guerre.

En 1137, ils reçoivent de Foulques Ier, roi de Jérusalem, la garde de la forteresse de Bath-Gibelin, puis en 1142, Raymond II de Tripoli leur cède des territoires à reconquérir ainsi que les deux forteresses de Margat et du Krak des chevaliers[3]. En 1153, ils prennent une part importante dans la bataille d’Ascalon, remportée contre des troupes égyptiennes. En 1187, la défaite de Hattin sonne le glas des victoires, et le supérieur Roger des Moulins meurt durant les combats. Commence l’évacuation de Jérusalem pour Saint-Jean-d’Acre.



[1] Datée de 1118

[2] La confirmation enregistrée des statuts, conservés à Arles, correspond à celle rédigée ultérieurement sur ordre du pape Boniface VIII, rendue nécessaire par la perte de nombreux originaux après l’expulsion des Hospitaliers de Terre-Sainte en 1291.

[3] Citadelle édifiée par l’émir d’Homs en 1031, et conquise par Raymond de Saint-Gilles.

Par Stéphane VEYRET, guide à Salers - Publié dans : Ordres de chevalerie et symbolismes divers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 13:21

Suite à l'investissement de la Société Historique du Pays de Salers dans la réalisation du tricentenaire de l'anoblissement du Major Pierre de La Farge (août 2011), un acte d'amitié avec la mairie de Taisnières-sur-Hon (Jean-Pierre LEGRAND), le Musée de la Bataille de Malplaquet (Arthur BARBERA) et la cheville ouvrière de la cousinade La Farge (Pierre SIGROS DE LA FARGE), a été signée en deux exemplaires.

 

L'un repose désormais dans les archives du musée de Malplaquet (Taisnières-sur-Hon) et le second dans les archives de la SHPS.

 

Il permet à la commune de Taisnières-sur-Hon qui s'est récemment investie dans l'acquisition du musée et de ses collections, qui valorise l'action des officiers français dans l'une des batailles méconnues de la succession d'Espagne (dont le Major de La Farge), de garder le "lien" avec Salers.

 

2011-08-Convention-Salers-SHPS-Taisniere-sur-Hon-Barbera-L.jpg

Par Cédric Tartaud-Gineste - Publié dans : Vie de la Société
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés